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INFIRMIÈRES DANS LA GRANDE GUERRE :« LES JEUNES AU FRONT »

 

Lors de la première guerre mondiale, les trois sociétés de la Croix-Rouge française (dont la Société Française de Secours aux blessés militaires), auxiliaires du Service de Santé de l’Armée, mobilisèrent plus de 68 000 infirmières diplômées. Les  plus jeunes infirmières étaient envoyées d’abord dans les Hôpitaux auxiliaires (loin du front),  les plus aguerries allaient au front en particulier dans les Hôpitaux d’Evacuation.  Le  journal de Mlle Le Blond, jeune infirmière, nous livre sa première expérience du front.

Publié dans le Bulletin trimestriel de l’Association mutuelle des Infirmières de la Société de Secours aux Blessés militaires, n° 16, décembre 1917.
Source : Gallica.fr

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LES « JEUNES AU FRONT » extrait du journal de Mlle Le Blond


14 AVRIL – Voici enfin nos désirs réalisés, rien ne peut plus nous empêcher d’arriver à cet hôpital du front où nos aînées ont bien voulu accepter notre concours. Les roues tournent, Paris et nos familles s’éloignent, nous sommes rêveuses allant vers l’inconnu ! A partir de Fère-en-Tardenois, nous commençons à entendre la grande voix du canon. Les éclairs embrasent le ciel, la nuit tombe. Nous arrivons à F…, vers minuit, et apprenons que la gare a été la veille violemment bombardée par des avions ennemis. Une auto nous emmène, nous apercevons de longues files de baraques, nous sommes arrivées. Notre infirmière-major, Mlle d’Haussonville a la bonté de venir nous souhaiter la bienvenue et nous montrer notre installation. Pour le moment nous sommes toutes ensemble logées dans un grand dortoir, l’installation est sommaire ; tant mieux, c’est plus militaire. A la guerre comme à la guerre, nous sommes ravies de tout.

16 AVRIL – Je croix que nous sommes arrivées à point, le canon a fait rage toute la nuit, puis ce matin subitement grand silence émouvant qui nous angoisse encore plus.
L’infanterie attaque et nous la suivons en pensée dans ce labeur effroyable !
Quelle triste joie, mais quelle consolation de penser que nous aussi serons un peu à la peine, mais aussi à l’honneur en soulageant ces glorieux blessés.
Vers 2h, les autos sanitaires commencent à arriver en longue file ininterrompue, d’autres blessés moins atteints arrivent à pied directement du front. Le travail bat son plein. Les veilles de nuit commencent.
Nous sommes deux au triage de l’hôpital d’évacuation, qui aidons les médecins. Quatre équipes travaillent à notre salle d’opérations. Mme Schloesing, Mlle Guillot et d’autres infirmières donnent sans relâche le chloroforme.
Chacun est à son poste, on ne pense plus qu’au travail qui vous est assigné. Mlle d’Haussonville passe dans tous les services en nous encourageant, l’exemple de son dévouement nous réconforte.
Les deux autos chirurgicales rattachées à l’H.O.E. travaillent aussi jour et nuit, et nos 3.000 lits ne resteront pas inoccupés.

23 AVRIL – Depuis l’affolement des premiers jours, le travail a continué intense.
La pluie ne nous épargne pas, les blessés arrivent comme des blocs de boue ; de cette boue collante de l’Aisne, dans laquelle nous avons tant de mal à marcher nous aussi avec nos sabots pourtant indispensables. Cette nuit les grands miaulements des obus passant au-dessus de nous se font plus spécialement entendre. Ils éclatent non loin dans un grand
champ, manquant heureusement leur but qui doit être la gare de ravitaillement.

2 MAI – Le beau temps ne nous quittant pas depuis huit jours, les avions boches en profitent pour nous rendre visite presque chaque nuit. Il est difficile de s’endormir sous ce bruit assourdissant, car nos 75 essaient de nous défendre et se prodiguent.
Moins d’entrants au triage, par contre les infirmières des salles sont surchargées, je vais aider Mlle Guillot dont la salle est comble. Mme de Gastines, Mlles Nicolas, de Chaponay, Fressoir ont aussi beaucoup d’ouvrage avec leurs trépanés souvent bien agités.

4 MAI – Nuit dramatique. Mlle Guillot et moi quittons notre salle vers 8 heures, espérant prendre un bon repos. Vers 10 h, Fritz (les avions ennemis) arrive…, bruit des moteurs, des mitrailleuses, des 75, quel vacarme… par trois fois Fritz revient, jette ses bombes aux alentours. Vers 4h, le bombardement augmente et se rapproche, à 4h1/4 formidable éclatement près de notre baraquement. Nous sommes couvertes de terre, toiture crevée au-dessus de nos têtes, toiles de fenêtres éventrées. Mme Aubert tombe de son lit, nous nous appelons mutuellement, pas une n’est blessée, nous nous habillons en hâte, enfilons nos capes et apprenons que deux bombes sont tombées devant la salle de Mme Guillot. Quelle angoisse en pensant à ces malheureux, nous nous précipitons, notre salle est éventrée, la salle des pansements n’existe plus, nous aidons les infirmiers à dégager les blessés couverts de planches, de vitres… miracle ! deux seulement dans notre salle bouleversée ont été atteints ! Quelle émotion de découvrir ces pauvres gens à la faible lueur de nos lampes électriques. Nous remettons un peu d’ordre, et les calmons. Ils ont eu si peur, ne veulent plus que nous les quittions ; quelques grogs administrés aident à la pacification générale.
Nous apprenons alors que les deux salles avoisinantes appartenant l’une à Mlle Frontault, l’autre à Mlle de Fraye, bien qu’étant moins démolies, ont plus souffert encore que la nôtre, puisqu’il leur faut tristement enregistrer morts et blessés.
Enfin vers, vers 7 h du matin, nos quarante soldats sont déménagés et confortablement installés dans une grande tente. Nous essayons, Mlle Guillot et moi, de retrouver nos trousses à pansements ensevelies sous les décombres. Nos efforts sont couronnés de succès, mais dans quel état elles sont, toutes tordues et cabossées.

5 MAI – Fritz est encore revenu cette nuit et le concert habituel s’est fait entendre, mais les bombes sont tombées plus loin.
Désormais, les rares habitants restant au village de C… vont chaque soir en procession dormir dans les carrières avoisinantes, et nos infirmiers se creusent en hâte des abris de toute sorte.
La nuit tombe, il pleut, les avions vont nous laisser en paix, mais la seconde phase de l’offensive bat son plein, quel subit et terrible afflux de blessés. Mlle d’Haussonville, faisant sa tournée du soir, nous trouve si débordées, qu’elle passe la nuit à veiller avec nous au triage.

8 MAI – Le travail continue, quelle triste besogne, mais quel réconfort de se sentir utile !
Les majors travaillent sans relâche avec le plus grand dévouement et nous remercient aimablement de l’aide que nous leur apportons.

9 MAI – Hier soir, vers minuit, un infirmier nous réveille en sursaut en nous donnant l’ordre de la part du médecin-chef de mettre nos masques. On parle de grandes émissions de gaz sur le front qui pourraient nous arriver. Mlle Weyer rentrant de son service, a la bonté de venir m’ajuster le mien ; nous rions bien, car ainsi masquées nous avons des têtes ! C’est du reste fort désagréable, on étouffe… La pluie se met subitement à tomber, quelle chance, l’alerte n’aura pas été longue.

22 MAI – La pluie qui chasse les avions, nous amène les cafards si fréquents dans les maisons de bois. Nous nous habituons difficilement aux uns comme aux autres. En plus nous avons de vraies inondations dans les baraques, parapluies, toiles de tentes étendus au-dessus de nos têtes nous protègent à peine… mais la fatigue aidant, on dort malgré tout, quitte à se réveiller dans un bain.

24 MAI – Bombardement intense ce matin de 8h à 11h sur la route de F… à R… Les 240 boches éclatent avec un fracas épouvantable, de nos salles nous voyons leurs fumées grises. Un avion ennemi survole pour régler le tir, et vraiment nous pouvons craindre qu’il ne le fasse trop raccourcir. Les majors arrêtent leurs opérations, le sol tremble trop.

25 MAI – Fritz vient nous faire sa visite quotidienne, mais enfin il sera puni. Nous survolant vers midi pour prendre sans doute des photographies, nous le voyons poursuivi par un des nôtres. Un cri général s’élève, il tombe ! il tombe !! Un point rouge enflammé se précipite vers la terre, deux ailes détachées tombent sur les baraques, une masse
informe s’écroule près de Mlle Balay et moi (c’est l’appareil photographique du Boche).
L’avion désemparé en flammes, tombe dans un champ avoisinant ; les deux aviateurs sont carbonisés. Guynemer, qui nous a vengés, survole ses victimes. Vers le soir, il viendra les saluer au dépôt mortuaire. C’était, paraît-il, son troisième succès de la matinée.
Quelle joie sanguinaire apporte la vengeance. Nos blessés sont ravis de la victoire de notre « as »… Pauvres gens, comme le moindre succès enflamme leur patriotisme ; ils en oublient leurs souffrances ! c’est une vraie fête dans l’hôpital.

28 MAI – Le travail au service des entrants s’étant vraiment ralenti, nous pouvons gâter davantage nos blessés, nous occuper plus spécialement de chacun d’eux, faire parvenir des nouvelles à leurs parents et, triste chose, entourer d’attentions ceux qui hélas nous quitteront pour toujours.
Cette nuit, deux énormes torpilles sont tombées près du cimetière, creusant des fosses profondes de quatre mètres. Deux maisons du village ont été touchées par les bombes de Fritz et se sont écroulées… On parle d’une quinzaine de blessés ou tués.

31 MAI – Après une journée calme et une courte et reposante promenade dans les bois environnants, nous nous réunissons dans notre baraque et bavardons entre amies… Hélas ce calme ne devait pas être de longue durée ! Fritz arrive vers 11h, tourne, ronronne au dessus de nous, puis les bombes tombent nombreuses. Un premier incendie s’allume
dans le dépôt de ravitaillement, les crépitements étranges se font entendre, ce sont les boites de conserves qui se déssoudent sous la chaleur intense du pétrole enflammé. Une heure après, encore Fritz, seconde immense lueur du côté opposé, c’est le train sanitaire cette fois qui est complètement brûlé, heureusement vide sur une voie de garage. En
repartant, tournoyant, Fritz lance deux autres bombes qui anéantissent notre pauvre chapelle si bien fleurie la veille par deux infirmières.
La salle de Mlle de Cazenove a reçu quelques éclats, qui ont fait des victimes. Le matin nous apprenons de tristes nouvelles, une quinzaine de blessés et six tués parmi les infirmiers et les automobilistes. Nos salles sont bien agitées, les blessés supplient qu’on les évacue, le médecin-chef fait passer l’ordre d’évacuation de tous les blessés transportables par le train ; les plus graves sont dirigés en auto sur l’ambulance de C…
Les pauvres gens sont ravis de sortir de ce cauchemar : avoir échappé aux dangers du front pour retomber sous les bombes dans un hôpital, c’est vraiment trop leur demander.
La baraque des intransportables est entourée de sacs de sable destinés à les protéger contre les éclats de bombes.
Les blessés étant partis, une dizaine d’infirmières nous quittent, le travail manquant.
La lune brille ce soir ; nous nous couchons toutes un peu lasses ; et par bonheur nous nous reposons en paix.

2 JUIN – Vers 5 heures, le canon nous réveille formidable. Les attaques ennemies reprennent violentes sur toute la ligne, les blessés arrivent nombreux l’après-midi et le soir.
Beaucoup de travail, nuit pénible dont je me souviendrai ; il faut encourager les blessés, car Fritz nous survole très bas et jette ses bombes tout près de nous, des éclats traversent le couloir séparant le triage de la salle des opérations. C’est évidemment plus sûr de se jeter à terre avec un casque sur le nez, mais le travail doit se faire malgré tout.
Le major A…, malgré son énergie, est obligé d’arrêter momentanément ses opérations, à cause de la violente trépidation, mais reprend de plus belle aussitôt que le calme semble renaître. Tant que les avions ennemis tournoient sur nos têtes, les canons de 75 qui nous défendent, font rage et ébranlent terriblement le sol.

3 JUIN – A 7h, Mlle Arthaud me remplace au triage. Mlle Forest et moi assistons à une vraie messe de front. Notre chapelle étant démolie, le prêtre officie dans une ancienne salle de pansement, peut-être sur une table d’opérations ; que Dieu accepte ce double sacrifice divin et humain !
Au repas de midi un infirmier apporte le rapport du médecin-chef qui nous est lu par Mlle d’Haussonville.
«Le Médecin-chef adresse ses plus vives félicitations aux dames infirmières qui ont demandé à rester à l’H.O.E. malgré les dangers réels qu’elles y courent. C’est un bel exemple de dévouement et de courage qu’elles donnent à tout le personnel de l’H.O.E.
C’est aussi un réconfort pour les blessés graves qui sont très reconnaissants d’une telle marque d’abnégation. Le Médecin-chef est très touché de cette attitude et saura à l’occasion ne pas l’oublier.»
Inutile d’ajouter que nous nous sentons très fières, très touchées de cet aimable geste de reconnaissance et que le déjeuner se termine très gai.

4 JUIN – Encore une bien mauvaise nuit. La petite classe dort matelas à terre et casque sur le nez. Cela ne va pas sans beaucoup de fusées de rire… heureuse et insouciante jeunesse ! N’empêche que le matin on est bien courbaturé et que nous avons beaucoup de pansements à faire jusqu’à midi.
Je crois que Paris s’est ému de notre sort et à 4 heures notre chère Présidente, Mme la comtesse d’Haussonville, arrive en auto, accompagnée de M. de Chaponay qui nous ramène aussi de permission sa fille, notre charmante amie, malgré le danger.
Nous sommes très émues et touchées de la visite de Mme la comtesse d’Haussonville, qui a tenu à venir partager le sort de ses infirmières et à leur apporter le réconfort de sa présence.
Nous nous souhaitons tout bas avec Mlle d’Haussonville une nuit bien calme pour reposer notre Présidente de son voyage fatigant.
Mais hélas, les Boches sont infatigables, de nouveau nuit bruyante et agitée… Une des bombes tombées à côté de la baraque du médecin-chef de l’auto-chirurgicale2… Il était heureusement de service, car sa chambre a été criblée d’éclats.

5 JUIN – Les blessés sont de nouveau évacués en masse sur C… On rassemble ceux qui sont obligés de rester dans une même baraque bien protégée par des sacs de sable.
Je veille jusqu’à 11 heures seulement. Mme Schloesing restera toute la nuit ; la voyant toujours si active nous nous demandons quand elle se repose. Mlle d’Haussonville faisant sa tournée me ramène de force par une nuit bien noire heureusement.

6 JUIN – Notre Présidente ayant fait la veille une grande tournée dans les hôpitaux environnants, peut enfin se reposer cette nuit.
Elle nous quitte vers 10 heures pour rentrer à Paris où ses absorbantes occupationsl’appellent.

10 JUIN – Ce matin, messe émouvante dans la nouvelle chapelle, fleurs et branches cueillies la veille font bel effet. Sermon plein de vaillance de notre aumônier.
Le soir, après une bonne journée de travail, grande fête à l’hôpital, organisée par les automobilistes et les infirmiers. Nous y assistons en première ligne sous le regard paternel de notre médecin-chef qui s’est occupé du programme et a exercé une censure sévère. Un pauvre petit nègre blessé, épouvanté par le cinématographe, se cache sous ses couvertures. Les autres sont heureux de cette petite fête où chants et monologues se succèdent… le tout très réussi… Nous sortons vers 11heures. Malgré nous, nos yeux se lèvent vers le ciel étoilé, mais Fritz ne vient pas.

13 JUIN – Quatre nuits de suite Fritz s’est fait encore entendre, les 75 nous réveillent avec leur tonnerre habituel, mais les bombes tombent au loin. Près ou loin ne tombent-elles pas toujours sur des malheureuses victimes, auxquelles nous pensons toujours en entendant les lugubres éclatements.
Ce matin, touchant épisode dans la salle de triage : un soldat tout jeune, amputé des deux jambes, nous arrive sur un brancard avec Légion d’Honneur, médaille militaire, croix de guerre. Je m’approche de lui ; il a été si courageux pendant son pansement ! Inutile de le réconforter, c’est un vaillant, on l’emmène vers sa salle, il se soulève sur son brancard
et nous fait crânement le salut militaire avec un sourire.
Peu de travail en ce moment, plusieurs infirmières prennent des congés, nous sommes encore trop nombreuses pour le travail journalier et régulier

.15 JUIN – Hier soir, au moment où nous venions de nous retirer dans nos chambres, nos ennemis habituels arrivent nombreux, l’obscurité se fait complète. Les bombes tombent autour de nous. Mlle d’Haussonville écrivait dans sa chambre ; en entendant tout ce vacarme, sa première pensée est pour nous, elle se précipite vers nous en s’écriant : « Je
viens voir si ma petite classe est toujours brave. » Au même instant, formidable éclatement, toutes nos affaires dégringolent, les toiles de fenêtres se déchirent avec violence… Quelle protection providentielle pour notre chère major… A quelques pas des nôtres, sa chambre, qu’elle vient de quitter, est criblée d’éclats ; la torpille est tombée à
quelques mètres devant nous, tout est renversé chez elle, nous n’osons penser au danger couru par notre chère major et nous l’embrassons avec tant d’émotion. C’est sa bonne pensée pour nous qui l’a sauvée.
Mais hélas, la baraque voisine est bien abîmée ; les salles de Mme Houssaye et de Mlle Nicolas ont beaucoup souffert, il y a certes des victimes ; quelle catastrophe aurions-nous eu à enregistrer si les salles avaient été pleines. L’hôpital avait été heureusement évacué lors du dernier bombardement.
Nous nous habillons en hâte, le moteur exécré ronfle encore au-dessus de nous, tournoyant. Quelle terrible chose de se sentir aussi impuissant devant ces monstres. Mlle de Chaponay entre dans ma chambre en riant, le déplacement d’air l’a projetée sur sa provision d’oeufs, ce qui a fait une formidable omelette, elle en est toute couverte.
Nous attendons avec impatience le retour de Mmes Houssaye et Nicolas qui ont été aider les infirmiers déblayant leurs salles bien difficilement dans une obscurité complète, pour cause. Nous regrettons que la discipline nous interdise d’aller aider dans les salles qui ne sont pas les nôtres, l’inaction en ces heures lourdes est un cruel devoir.
Quel sera le bilan des victimes, d’heure en heure nous apprenons de nouveaux dégâts, le village de C… a été lui aussi rudement éprouvé.
Seule, au milieu de l’hôpital, la tente abritant des blessés allemands est indemne ! Ne le regrettons pas, il faut être chrétien, mais n’importe c’est dur.
L’aube arrive, Fritz ne reviendra plus, nous prenons quelque repos.
Quel lugubre spectacle le jour nous apporte, toutes ces salles bouleversées, une torpille est tombée juste au milieu du service de Mlle Nicolas ; pêle-mêle les blessés ont été précipités dans le trou, quelques-uns ont été miraculeusement retirés indemnes.
Nous ne pouvons que féliciter notre médecin-chef d’avoir fait évacuer à temps la plus grande partie de l’hôpital.
Après cette continuité de nuits dramatiques, le parti est pris et les blessés restants seront définitivement éloignés. Il ne restera plus qu’un service de passage.
Plus de blessés, plus de travail, les infirmières aussi partiront. Au déjeuner le médecin chef nous fait parvenir son rapport. Il faut obéir.
Nous sommes tristes de quitter cet hôpital auquel nous nous étions attachées, peut-être même par les dangers courus ensemble… Nous nous pensions utiles…hélas, nous ne le serions plus. Les plus jeunes s’en iront aujourd’hui. Mlle d’Haussonville et M. Barthélémy, notre médecin-chef, sont formels. Celles qui resteront, iront désormais coucher dans les
carrières ou dans des abris et peu à peu subiront notre sort.
Toute la journée, les voitures emmènent les blessés, c’est ensuite notre tour ; à 4 heures, adieux touchants des autorités et des compagnes. Mlle d’Haussonville a la bonté de venir jusqu’à F… nous embarquer ; avec quelle émotion et quelle reconnaissance nous la quittons.
Les roues tournent, un acte de notre vie du front est terminé. Nous espérons bien reprendre sans tarder une nouvelle campagne, celle qui nous amènera la victoire en chassant nos ennemis et qui rendra fertile l’énorme dose de souffrances de nos héroïques soldats.
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ils disaient que c'était la "der des der".....

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